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Le 21 août 2026, les négociations entre les États-Unis et le Canada sur les droits de douane ont été rompues. Le Premier ministre canadien Mark Carney a justifié cette situation par le caractère inacceptable des « menaces à la langue et à la culture françaises » proférées par les États-Unis, ajoutant : « pour les Québécois, ce sont des droits ».

Le représentant américain au Commerce, Jamieson Greer, a récusé cette lecture, invoquant le narratif désormais habituel d’une taxation discriminatoire des entreprises américaines.

La loi 96 du Québec dans le viseur des États-Unis

Pour mémoire, le Canada est un État officiellement bilingue au niveau fédéral. Le Québec, lui, a fait du français sa seule langue officielle.

La Loi sur la langue officielle et commune du Québec, dite loi 96, organise cette prédominance du français, qu’elle a renforcée au fil des années. Depuis 2025, le français doit notamment être nettement prédominant sur les enseignes des commerces de la province et les marques rédigées en anglais doivent, dans certains cas, être accompagnées d’une version française sur les produits.

Or, un an avant la séquence actuelle, dans son rapport annuel 2025 remis au président Donald Trump, le représentant au Commerce des États-Unis (USTR) avait déjà inscrit la loi 96 parmi les barrières au commerce opposées aux exportateurs américains, en visant précisément les exigences relatives aux marques et à l’étiquetage.

Quand la langue devient une barrière non tarifaire

Ce sujet m’est cher : j’ai consacré ma thèse de doctorat à la langue et au droit dans les relations commerciales internationales. Le thème était alors assez nouveau, vu comme exotique, peu juridique et probablement assez accessoire.

Quinze ans plus tard, la langue est au centre de la table des négociations.

Car, loin d’être une simple lubie du président Trump, cette séquence entérine à mon sens un double constat.

D’une part, les droits de douane ne sont plus seulement l’instrument économique qu’ils sont censés être : ils deviennent un outil politique et géopolitique, voire un instrument de brutalité diplomatique.

D’autre part, d’un point de vue plus technique, on assiste au renouveau des barrières non tarifaires au commerce international, parmi lesquelles les exigences linguistiques semblent se faire une place de choix.