The Tariff King

Le 17 janvier 2026, le Président Donald Trump a annoncé, via son réseau social Truth, l’instauration de droits de douane de 10% dès le 1er février, puis de 25% à partir du 1er juin, sur les marchandises originaires de huit pays européens (Danemark, Norvège, Suède, France, Allemagne, Royaume-Uni, Pays-Bas, Finlande). Ces mesures visent à forcer les États-Unis à obtenir le droit de racheter le Groenland. Quelles sont les réactions européennes ? Quel est le contexte de cette nouvelle escalade commerciale ? Analyse.

Réaction européenne : l’activation de l’instrument anti-coercition

Le Président français, Emmanuel Macron, a annoncé vouloir mettre en œuvre l’instrument anti-coercition de l’Union européenne. La présidente du groupe Renew, au Parlement européen, s’est aussi prononcée en ce sens. La Commission peut lancer la procédure de sa propre initiative ou à la demande d’un État membre. La décision d’activation de cette mesure doit ensuite être approuvée par le Conseil de l’UE à la majorité qualifiée, c’est-à-dire avec le soutien d’au moins 55 % des États membres représentant au moins 65 % de la population de l’UE.

Le règlement 2023/2675 du 22 novembre 2023 vise à doter l’UE « d’un instrument approprié permettant de dissuader les pays tiers d’exercer une coercition économique et de contrecarrer une telle coercition économique afin de protéger ses droits et ses intérêts ainsi que ceux de ses États membres. Ceci est le cas en particulier lorsque des pays tiers interfèrent dans les choix souverains légitimes de l’Union ou d’un État membre en appliquant ou en menaçant d’appliquer des mesures affectant le commerce ou les investissements afin d’empêcher la cessation, la modification ou l’adoption d’un acte particulier par l’Union ou un État membre ou d’obtenir, de l’Union ou d’un État membre, la cessation, la modification ou l’adoption d’un acte particulier, y compris l’expression d’une position par une institution, un organe ou un organisme de l’Union ou d’un État membre. » Le règlement fixe un certain nombre de critères pour élaborer ces mesures, notamment leur efficacité pour faire cesser la coercition économique. L’idée est aussi d’éviter ou à réduire au minimum les effets négatifs, économiques et autres, sur l’Union.

Parmi les mesures possibles,

Le contexte : l’accord de Turnberry et les droits sectoriels persistants

Pour mémoire, le 27 juillet 2025, l’UE et les USA ont annoncé l’adoption d’un « communiqué conjoint concernant un cadre sur un accord sur le commerce réciproque, juste et équitable » (« accord de Turnberry »).

Cet accord, par lequel l’UE s’est engagée notamment à ne pas soumettre les importations en provenance des États-Unis à des droits de douane, tandis que les États-Unis s’engagent à limiter les droits appliqués aux importations de l’Union à un taux ad valorem de 15 %, n’est pas un accord de libre-échange. La Commission a déposé une proposition de règlement qui prévoit, en son article 3, la possibilité de suspendre rapidement son application au moyen d’un acte d’exécution en cas de non-respect de la déclaration conjointe par les États-Unis.

L’état d’avancement de la procédure peut être suivi via https://law-tracker.europa.eu/procedure/2025_261?lang=en

À noter qu’en tout état de cause, malgré des annonces en ce sens en juillet, les droits sectoriels de 50 % sur l’acier, l’aluminium et le cuivre n’ont jamais été annulés par les USA, et ont même été élargis à plus de produits.

En attente de la Cour suprême

Enfin, les droits de douane promulgués par décret présidentiel au nom de la loi des pouvoirs économiques liés à une urgence internationale (IEEPA, pour International Emergency Economic Power Act), imposés en février au biens originaires du Canada, de la Chine et du Mexique au motif de la lutte contre le fentanyl, ont été annulés par la United States Court of International Trade puis la Court of Appeal for the Federal Circuit. L’affaire a été audiencée fin 2025 par la Cour suprême et, selon Reuters, la décision devait être rendue le 14 janvier dernier. Cela n’a pas été le cas, et l’on reste donc en attente de cette position.

Ce nouvel épisode confirme une tendance lourde : l’utilisation des droits de douane comme levier de politique étrangère — pour ne pas dire leur utilisation comme un outil de chantage. Après une année 2025 marquée par la résurgence annoncée de la guerre commerciale UE-USA, 2026 s’annonce tout aussi mouvementée.